Mode

Affaire Darmanin : l'exécutif en mode riposte

Gérald Darmanin, ministre boulet d’Emmanuel Macron ? L’exécutif comme les ténors de la majorité suivent de très près les ressacs provoqués par la réouverture samedi d’une enquête préliminaire pour viol à l’encontre du ministre des Comptes publics et pilier du gouvernement. Depuis deux jours, les équipes web de l’Elysée et de La République en marche sont sur le qui-vive, attentives à toute poussée de fièvre sur les réseaux sociaux. En position riposte. Mais sans que, pour l’heure, aucun seuil d’alerte n’ait été déclenché. «C’est évidemment compliqué : une potentielle agression dans le contexte actuel, alors que la ministre de l’Egalité entre les femmes et les hommes doit présenter son projet de loi contre le harcèlement sexuel le mois prochain, c’est sensible, confie un ténor de la majorité. On surveille mais, pour le moment, ça ne monte pas.»

Coup de chaud

Alerté en amont par l’impétrant sur le rebondissement judiciaire d’une plainte classée en 2009, Matignon a réagi au quart de tour. Moins de deux heures après l’annonce du parquet de Paris, le Premier ministre, Edouard Philippe, renouvelait dans un message adressé à l’AFP et à BFM-TV «toute sa confiance» à Darmanin, rappelant au passage que seule une mise en examen entraînait l’exclusion automatique du gouvernement. De quoi couper court aux éventuelles spéculations sur les états d’âme de l’exécutif. Un message que plusieurs ministres ont, dès dimanche, été chargés de relayer sur les chaînes d’info en continu et les matinales radio. «Les règles sur le maintien d’un ministre au gouvernement sont extrêmement claires», a ainsi estimé sur RTL la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, quand son collègue de l’agriculture, Stéphane Travert, faisait savoir sur BFM-TV que «la présomption d’innocence s’applique».

A lire aussiPlainte contre Darmanin : des faits difficiles à qualifier

Nouveau coup de chaud quelques heures plus tard avec le lancement par quatre militantes féministes d’une pétition en ligne. Faisant valoir que Richard Ferrand, François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard ont été «immédiatement poussés vers la sortie» lorsqu’ils ont été soupçonnés, pour le premier, de favoritisme dans une affaire immobilière, et pour les trois autres, d’avoir eu des emplois fictifs au MoDem, les militantes réclament le départ sans délai du «ministre mis en cause pour viol». Sans attendre de mesurer le succès de l’initiative, Matignon a cette fois dépêché Marlène Schiappa au front. «La démission, comme son nom l’indique, n’est pas un renvoi mais un choix de personne», a défendu la ministre au micro de France Inter ce lundi matin. Prenant soin de ne pas prendre parti entre Darmanin «présumé innocent à ce stade» et la plaignante «accusée de dénonciation calomnieuse» et «présumée innocente aussi», la ministre met en garde contre les excès, «sinon, vous pouvez décider de porter plainte contre tous les membres du gouvernement dès demain, et tous les membres du gouvernement vont devoir démissionner.»

Silence prudent

L’exécutif, pourtant, n’est pas au bout de ses peines. Ce lundi, c’était au tour de l’une des porte-parole des Républicains, Laurence Sailliet, de réclamer la démission du ministre étiqueté LR avant de rejoindre LREM, «compte tenu des graves accusations qui sont portées» au nom de la «sérénité de l’action publique». Quelques minutes plus tôt, sur RFI, son homologue Lydia Guirous tirait la leçon de l’accusation «très grave» visant le ministre : «Sur un plan politique, on voit bien que le monde vertueux, irréprochable d’Emmanuel Macron se casse la figure.» La réponse est venue de Sébastien Lecornu, secrétaire d’Etat à la Transition écologique et solidaire, et ancien de LR comme Darmanin, via Twitter : «Message de soutien à mon ami @GDarmanin. Les accusations dont il fait l’objet sont indignes.» En écho, le président de la région des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, lui aussi en rupture de ban de LR mais sans avoir rejoint le parti macronien, a dénoncé, également sur Twitter, une «campagne politique indigne».

La riposte fait son office, mais en macronie, l’embarras est palpable. A l’exception des porte-voix du groupe LREM à l’Assemblée nationale, à l’instar de Richard Ferrand, qui a indiqué sur France 3 que Darmanin avait le «soutien du Premier ministre et de la majorité», les députés macroniens observent un silence prudent. Sur les boucles Telegram en vogue au sein du parti macronien, beaucoup ont pris acte de «la difficulté de demander à Darmanin de partir en l’absence de mise en examen». Du coup, «ça ne turbule pas trop», assure le porte-parole du groupe LREM Gilles Le Gendre. A ce stade.

Nathalie Raulin

Most Popular

To Top
Secured By miniOrange