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Commerce mondial : cinq questions sur le traité transpacifique à venir

La libéralisation du commerce international se poursuit avec ou sans les Américains. Les partenaires de l'accord commercial de libre-échange Asie-Pacifique ( ), menacé depuis la décision, début 2017, du président américain de s'en retirer, se sont mis d'accord pour relancer le pacte à 11 pays, sans les Etats-Unis, a annoncé la semaine dernière le gouvernement japonais.

"Une déclaration a finalement été conclue et les 11 pays se sont entendus pour préparer la signature" d'un nouvel accord, a déclaré le ministre de l'Economie Toshimitsu Motegi lors d'une conférence de presse à l'issue d'une réunion des négociateurs en chef à Tokyo. C'est une décision "qui fait date pour notre pays et le futur de la région Asie-Pacifique", s'est-il félicité.

Le ministre japonais en charge de l'économie Toshimitsu Motegi lors d'une conférence de presse en novembre 2017. (Crédits : Kham/Reuters.)

1- Quels sont les pays partenaires du traité ?

Les 11 partenaires - Australie, Brunei, Canada, Chili, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Singapour et Vietnam - avaient déjà bien avancé les négociations en novembre 2017, en marge du forum de l'Asie-Pacifique au Vietnam mais il leur restait à résoudre quelques différends. Le Premier ministre japonais Shinzo Abe avait particulièrement à coeur de ressusciter ce pacte. L'accord devrait être paraphé "d'ici au début du mois de mars", selon un communiqué du gouvernement singapourien. Bien que cette annonce semble refléter une situation en apparence stable, les déclarations de Donald Trump sèment le doute. Lors d'une récente interview accordée à la chaîne CNBC,  le président américain a confié être prêt à adhérer au partenariat transpacifique, sans apporter d'autres précisions. Par ailleurs, le ministre en charge du commerce international au Royaume-Uni, Liam Fox,  a évoqué en début d'année sa volonté de rejoindre le partenariat comme d'autres conservateurs britanniques.

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2- Que prévoit le traité ?

Parfois qualifié "d'accord de nouvelle génération", ce traité vise avant tout à doper les échanges commerciaux dans la zone pacifique. Le document prévoit la levée de barrières non-tarifaires, comme l'ouverture des appels d'offres nationaux par les pays membres aux entreprises étrangères sans avantages indus pour leurs propres entreprises publiques. Du côté des barrières tarifaires, le TPP se focalise en particulier sur l'élimination des tarifs douaniers sur des produits industriels et agricoles entre les onze pays et dont les échanges commerciaux ont totalisé l'an dernier 356 milliards de dollars. Le document détermine également de normes communes pour le commerce électronique et les services financiers, le respect du droit du travail selon les normes de l'Organisation internationale du travail (OIT). Ce qui a parfois suscité le mécontentement de pays comme le Vietnam qui ne respectent pas ce type de règle dans certains secteurs économiques.

3-Pourquoi les Etats-Unis abandonnent-ils le traité ?

Promu par les Etats-Unis, sous la présidence de Barack Obama, le TPP, vu comme un contrepoids à l'influence croissante de la Chine, avait été signé en 2015 après de longues années de négociation par 12 pays représentant 40% de l'économie mondiale. Cette zone économique de 494 millions d'habitants comptait un produit intérieur brut (PIB) combiné de 10.200 milliards US, soit 13,6 % du PIB mondial.

Peu après son élection à la Maison Blanche, Donald Trump avait abandonné abruptement ce traité, dans le cadre de ses politiques protectionnistes visant à sauver des emplois américains menacés selon lui par le libre-échange. L'ancien présentateur de téléréalité, adepte de "l'Amérique d'abord", fustige régulièrement les traités de libre -échange. Au mois de novembre dernier, il avait dénoncé "les abus commerciaux chroniques" que les Etats-Unis ne peuvent plus "tolérer".  Mais pour Deborah Elms, du Centre asiatique pour le commerce, même sans les Etats-Unis, le TPP sera "l'accord commercial le plus important signé ces 20 dernières années".

4- Pourquoi le Canada a rejoint l'accord sur le tard ?

 Alors que l'avenir de l'Alena entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada est de plus en plus sombre en raison des positions de Donald Trump, le gouvernement de Justin Trudeau a décidé de rejoindre le partenariat transpacifique la semaine dernière. "L'accord obtenu à Tokyo (mardi) va dans le bon sens", a déclaré depuis Davos, en Suisse, le Premier ministre Justin canadien, en référence au nouvel Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP pour son acronyme en anglais). Avec les avancées, l'accord est "plus progressif et plus solide pour les travailleurs canadiens dans les domaines de la propriété intellectuelle, la culture et l'industrie automobile", a assuré M.Trudeau.

5- Le retrait des Etats-Unis : une chance pour la Chine ?

La décision de Donald Trump pourrait apparaître comme une opportunité pour la Chine. Dans une récente étude, Emmanuel Hache, directeur de recherche à l'IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) avançait trois avantages possibles pour la puissance asiatique :

"le retrait américain offre à la Chine une capacité supplémentaire de rayonner d'un point de vue commercial dans la région; il pourrait permettre à la diplomatie commerciale chinoise d'imposer ses propres standards en matière d'accords bilatéraux ou multilatéraux;  il offre à la Chine la primeur de la décision dans l'agenda commercial régional et mondial en fonction de ses propres préoccupations économiques."

Dans ce cadre, l'espace délaissé par Donald Trump pourrait laisser le champ libre au régime de Xi Jinping pour accroître sa sphère d'influence aux niveaux régional et mondial. Le dirigeant chinois s'est montré à plusieurs reprises favorables à une plus grande ouverture économique et un accroissement des échanges commerciaux comme lors du dernier congrès du  Parti communiste chinois (PCC). Il avait ainsi martelé que l'économie chinoise "ne va pas fermer ses portes au monde" mais au contraire "s'ouvrir encore davantage". Au mois de décembre, la Chine a réaffirmé cette position lors  la conférence économique annuelle du Parti communiste chinois. "La Chine s'engage à augmenter ses importations et à réduire ses droits de douane pour certains produits afin de promouvoir un commerce équilibré".

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