Commerce

Commerce: Pékin se félicite de l'invitation américaine à négocier

par Steve Holland et Michael Martina

WASHINGTON/PEKIN (Reuters) - La Chine s'est félicitée jeudi de l'invitation des Etats-Unis à engager un nouveau cycle de négociations commerciales, au moment où Washington se prépare à franchir un pas supplémentaire dans sa guerre commerciale avec Pékin.

"La Chine a toujours pensé qu'une escalade du conflit commercial n'était dans l'intérêt de personne. En fait, depuis les discussions préliminaires du mois dernier à Washington, les deux délégations aux discussions sur le commerce ont maintenu diverses formes de contact et eu des échanges sur les inquiétudes de chacun", a déclaré à la presse le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang.

Il a ajouté qu'Américains et Chinois discutaient actuellement des détails d'une reprise des négociations.

Larry Kudlow, principal conseiller économique de la Maison blanche, a déclaré mercredi soir dans un entretien télévisé à Fox Business Network que le secrétaire américain au Trésor, Steve Mnuchin, avait adressé une invitation à de hauts responsables chinois.

Washington a "reçu des informations selon lesquelles les plus hauts représentants du gouvernement chinois voulaient poursuivre les discussions", a-t-il dit, ajoutant: "Ainsi, le secrétaire Mnuchin, qui mène la délégation discutant avec la Chine a envoyé une invitation."

Deux personnes informées de la situation ont fait savoir que Steve Mnuchin avait transmis cette invitation à son homologue chinois, le vice-Premier ministre Liu He, principal conseiller économique du président Xi Jinping. Le dernier cycle de négociations, organisé fin août, n'a pas permis d'avancée.

A la question de savoir si l'administration Trump souhaitait avoir de nouvelles discussions avec les Chinois, Larry Kudlow a répondu: "S'ils le font avec sérieux pour permettre des résultats positifs, oui, naturellement. C'est ce que nous réclamons depuis des mois et des mois."

Toutefois, il a préféré rester prudent: "Je ne garantis rien".

INQUIÉTUDE DES ENTREPRISES AMÉRICAINES

Les Bourses asiatiques ont progressé jeudi à la suite de cette annonce, dans l'espoir d'un accord qui mette fin aux tensions entre les deux plus grandes économies mondiales.

En Chine, la Bourse de Shanghai a grimpé jusqu'à 1,24% avant de réduire un peu ses gains en clôture (+1,1%), tandis qu'à Hong Kong, l'indice Hang Seng terminait sur un gain de 2,5%.

Sur le marché des changes, le yuan s'est éloigné d'un plus bas de deux semaines et demi touché la veille sur le marché onshore.

Cette légère inflexion américaine intervient alors que Donald Trump s'est dit prêt la semaine dernière à taxer 267 milliards de dollars (230 milliards d'euros) d'importations chinoises en plus des 200 milliards de dollars sur lesquels il doit se prononcer prochainement. Il n'est pas certain qu'une reprise des discussions sino-américaines différerait la mise en place de ces nouveaux droits de douanes.

Pékin a menacé de prendre de mesures de rétorsion, notamment contre les entreprises américaines installées en Chine.

Cette surenchère inquiète les milieux d'affaires américains, qui appellent avec de plus en plus d'insistance l'administration Trump à changer de stratégie.

Mercredi, une soixantaine de fédérations de l'industrie américaine ont annoncé la formation d'une coalition baptisée "Americans for Free Trade" (Américains pour le libre-échange) dans le but de lutter publiquement contre la politique protectionniste de Donald Trump.

CALMER LE JEU

Jeudi, les organisations patronales AmCham China et AmCham Shanghai ont publié une enquête conjointe qui met en évidence un impact négatif "clair et étendu" des droits de douane de 25% que les deux pays se sont déjà mutuellement imposés sur 50 milliards de dollars de produits importés.

Plus de 60% des entreprises américaines interrogées ont répondu que les tarifs douaniers décidés par Donald Trump, qui visent essentiellement les machines-outils et les composants électroniques, pèsent déjà sur leur activité. Un pourcentage similaire se dit affecté par les droits de douane imposés en retour par Pékin.

La chambre de commerce de l'Union européenne en Chine a aussi publié jeudi une enquête qui conclut de la même façon que cette guerre des tarifs perturbe de manière "significative" les chaînes d'approvisionnement mondiales et impacte "sérieusement" les entreprises des pays tiers.

Face au risque d'emballement posé par les dernières menaces de Donald Trump, Larry Kudlow s'est efforcé mercredi de calmer le jeu.

"La plupart d'entre nous pensent qu'il est préférable de discuter, et je pense que le gouvernement chinois est prêt à discuter (...) Nous demandons depuis des mois qu'ils viennent à la table des négociations de façon à générer des résultats positifs", a-t-il déclaré à des journalistes devant la Maison blanche.

Ce dialogue est une "chose positive", a-t-il ajouté.

Aucune indication n'a été donnée sur un éventuel calendrier ou lieu de reprise des discussions. Des négociateurs américains et chinois s'étaient rencontrés les 22 et 23 août sans parvenir à un accord.

(Avec David Lawder et Ginger Gibson à WASHINGTON et Christian Shepherd à PEKIN, Jean Terzian, Juliette Rouillon et Eric Faye pour le service français, édité par Tangi Salaün)

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