Sport

«Gender Derby», le genre est un sport de combat

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Gender Derby, mini-série diffusée sur la plateforme IRL de France Télévisions depuis le 9 septembre, est un objet transgressif. À tous points de vue. Réalisé par la documentariste performeuse Camille Ducellier, par ailleurs auteure d’un Guide pratique du féminisme divinatoire (éd. Cambourakis, mai 2018), ce documentaire en sept épisodes d’une durée moyenne de sept minutes fait en effet le pari de la verticalité pour épouser les usages contemporains des binge-watcheurs branchés sur leur smartphone. Non seulement c’est visuellement génial, mais en plus, l’image parfois assemblée en mosaïque rend compte de manière brute des individualités exprimées face caméra, comme du bon gonzo. Mais version queer et bienveillant.

Ensuite, par son sujet, Jasmin, alias Fouf la rage, un mec trans de genre fluide, joueur de roller derby dans un club montreuillois. Ainsi, la mini-série est l’occasion de faire témoigner à la première personne toute une communauté (mais aussi une famille) réunie autour d’un sport et de ses valeurs : le respect, l’inclusion, le «do-it-yourself», le féminisme ou la combativité. La démarche de Gender Derby est ainsi pédagogique, et offre aux premiers concernés comme aux spectateurs la possibilité de s’interroger sur leur propre rapport au genre et au corps, à l’image de Jasmin. «Le premier truc qu’on me demande, c’est : "Alors tu veux aller au bout ?" Mais tu me parles du bout de quoi en fait ? fustige dans une tirade bien cash le jeune pâtissier. Est-ce que je t’en parle, moi, de tes couilles ? Est-ce que je te parle de ton clito ? C’est hyper-personnel en fait ce que tu demandes. Parce que pour eux [les personnes cisgenres, ndlr], transition veut forcément dire opération.»

Comme dans Testo junkie, le classique du philosophe trans Paul Preciado publié il y a pile dix ans, il est question, dans ces tranches de vie bien réelles, d’assignation, de poils, de «dickclit», d’expérience, d’injections de testostérone, de violence, de fluidité, de féminisme, de gangs trans-pédé-gouine, de regards, de racisme, de bleus, de normes, d’exploration, de tatouages, de discrimination, de déconstruction ou de passing. Le fight, le jam, le contact, les gymnases, les gros coups, les troisièmes mi-temps, la mousse et les patins à roulettes en plus.

Gender Derby, de Camille Ducellier, tous les dimanches depuis le 9 septembre sur la plateforme IRL de France Télévisions. 

Florian Bardou

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