Sport

Le blessé de guerre revit par le sport

Le brigadier-chef du 35e RAP Stéphane Rouffet a participé, du 18 au 27 octobre, à Sydney ,aux Invictus Games, les Jeux olympiques des blessés de guerre, où il a même rencontré le prince Harry. Une victoire sur les autres mais surtout sur lui-même.

De retour de Sydney, il a encore des images, des souvenirs et surtout des projets plein la tête. Début 2017, Stéphane Rouffet n'était encore que l'ombre de lui-même. Il pesait 140 kg et broyait des idées noires. Sa vie a changé lorsqu'en 2008, il a été grièvement blessé lors d'un accrochage avec des insurgés talibans dans la vallée de La Kapisa. Sa jambe gauche a été gravement touchée «au niveau du creux de Poplité». Dès lors, l'ancien parachutiste qui a fait toute sa carrière au 35e RAP, où le Niçois d'origine a même l'habitude de dire qu'il est «né une seconde fois», sombre dans une spirale négative. Reclassé personnel civil de la défense depuis 2011, il s'occupe de la cellule d'aide aux familles du régiment. Mais dans sa tête (et dans son corps), il n'a jamais cessé d'être militaire parachutiste.

C'est en discutant avec un camarade du 8e RPIMa de Castres qui s'est reconstruit par le sport que le déclic survient. Il le met en contact avec un coach du Centre national du sport et de la défense (CNSD) de Fontainebleau qui lui parle même des Invictus Games, les Jeux Olympiques des blessés de guerre, créés par le prince Harry en 2014, au retour de son service militaire comme pilote d'hélicoptère, en Afghanistan. Stimulé par cette nouvelle rencontre décisive, Stéphane Rouffet se prend en main. Il dessine même le prototype d'une orthèse en carbone (NDLR : un appareillage qui compense le handicap) pour courir. Bingo ! Après des premiers essais laborieux, le militaire allonge enfin sa foulée et quelques mois plus tard, il passe les tests de détection des Invictus Games. Mais après coup, Stéphane Rouffet avoue que le fossé sportif qui le séparait des Invictus Games était énorme. En quelques mois, le soldat blessé se métamorphose en sportif de bon niveau, après notamment des dizaines d'entraînements, un stage de vélo très exigeant en Guyane, en janvier, avec l'équipe de France cycliste de l'armée de terre et 1.500 km de vélo en juillet. Son corps se sculpte. Il perd 50 kg. Mais l'homme se reconstruit dans toutes les dimensions, pas seulement sportives. «C'est une année très bénéfique dans mon évolution personnelle, autant physique que psychologique», dit-il, presque avec euphémisme.

Arrivé aux Invictus Games, il dévore les épreuves comme un décathlonien affamé, quitte à se disperser : 4e au 400 m, 5e au 1.500 m, 4e au 4x100 m (dans une équipe internationale composée d'officiers canadiens), 6e et 1er Français au rameur, au vélo; 5e au contre-la-montre et 7e à la course en ligne, 4e au rugby fauteuil... Mais là n'est pas l'essentiel. En acceptant la mission de porte-drapeau, «j'ai fait partager mon expérience à toute l'équipe et elle aussi m'a beaucoup apporté». Sa plus belle victoire, c'est celle sur lui-même : «Il y a un peu plus d'un an, les médecins me pensaient condamné pour le sport et je croyais que c'était totalement impossible de courir le 400 m en 1' ou le 1.500 m en 5'10''. Ma médaille à moi, c'est ma vie quotidienne».

Aujourd'hui, Stéphane Rouffet n'est plus le même homme : il a comme cicatrisé de ses blessures physiques et morales. «Je voudrais monter une équipe militaire nationale de vélo et je vais m'entraîner encore plus dur et chercher des sponsors privés pour préparer les prochains Invictus Games à La Haye, en 2020.»

Click to comment

You must be logged in to post a comment Login

Most Popular

To Top