Commerce

Le Royaume-Uni veut durcir sa position sur le commerce de l'ivoire

"Le déclin des populations d'éléphants alimenté par le braconnage est une honte pour notre génération", a déclaré Michael Gove, actuel secrétaire d'Etat britannique à l'environnement. Jusqu'au 29 décembre 2017, un projet de loi est en consultation publique. Il vise l'interdiction presque totale du commerce de l'ivoire dans le pays. Selon la BBC, actuellement, les "antiquités" sculptées avant 1947 et les objets ouvragés avant 1990 et possédant un certificat en bonne et due forme, ne sont pas soumis à une interdiction quelconque. Le gouvernement britannique souhaite réviser ce point et limiter les ventes, quel que soit l'âge de l'objet en question.

Quelques exceptions seront possibles

L'achat et la vente d'objet en ivoire provenant du stock britannique (obtenu entre 1910 et 1920) ne seront, cependant, pas totalement interdits. Des dérogations pourront être délivrées pour les instruments de musique (par exemple les archets des instruments à cordes), pour les objets d'importance culturelle (artistique ou historique) ou encore pour les objets contenant une quantité minime d'ivoire. En outre, les musées pourront également se vendre des objets. Le commerce de défense et d'ivoire brut est, quant à lui, déjà interdit dans le pays.

Le Royaume-Uni est l'un des plus gros exportateurs d'objets en ivoire

Cette décision intervient alors que le Royaume-Uni est aujourd'hui considéré comme le premier exportateur mondiale de sculptures en ivoire, en toute légalité. Selon un article de l'ONG Environmental Investigation Agency (EIA) paru en août 2017, le pays se trouve largement devant les Etats-Unis qui occupent la seconde place du podium. En scrutant les bases de données de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages (Cites), les membres de la EIA ont découvert qu'entre 2010 et 2015, le Royaume-Uni a exporté 370 % d'objets en ivoire de plus que les Etats-Unis. Au cours de cette période, le gouvernement britannique a délivré des certificats pour l'exportation légale de 36.135 d'entre eux (voir graphe ci-dessous).

Crédit : Environmental Investigation Agency

Face aux résultats de cette investigation, Mary Rice, directrice exécutive de EIA, avait alors déclaré : "L'exportation de l'ivoire par le Royaume-Uni stimule la demande globale tout spécialement à Hong Kong et en Chine, deux des plus grands marchés pour l'ivoire légal et illégal. Bien que le gouvernement chinois travaille désormais pour fermer son commerce domestique à la fin de l'année 2017, le Royaume-Uni continue d'injecter une grande quantité d'ivoire dans ce pays". Pour les protecteurs de la nature, les exportations légales servent bien souvent de couverture pour celles illégales et elles stimulent la demande. "Le risque 0 n'existe pas, admet Stéphane Ringuet, chargé de programme Trafic de la WWF, interrogé par Sciences et Avenir. Mais au Royaume-Uni, il est assez faible. Ce pays a pour tradition de brûler tous les stocks illégaux interceptés". Mais il fournit la Chine qui, à l'inverse, peut se servir de ces importations légales pour blanchir de l'ivoire issu du braconnage. Et c'est dans ce contexte que le Royaume-Uni a une responsabilité.

Le Royaume-Uni, pays hôte d'une conférence sur le braconnage en 2018

Face à la pression croissante, le gouvernement britannique semble avoir cédé. Le changement de cap intervient également alors que le pays doit accueillir, en octobre 2018, l'une des conférences majeures sur le braconnage et la conservation des espèces menacées. Maintenir sa position de leader de l'exportation de l'ivoire aurait sans doute été une lourde faute. La branche britannique de la WWF espère donc que l'imminence de la conférence poussera le gouvernement à agir vite.

Et en France ? Depuis le 4 mai 2017, un arrêté a été adopté afin de modifier la règlementation en vigueur concernant le commerce de l'ivoire d'éléphants et de la corne de rhinocéros sur le territoire national. Il stipule que "le transport à des fins commerciales, le colportage, l'utilisation commerciale, la mise en vente, la vente ou l'achat de défenses brutes, de morceaux d'ivoire brut et d'objets fabriqués après le 2 mars 1947 composés en tout ou partie d'ivoire" sont interdits. Cela ne s'applique pas aux objets fabriqués après le 2 mars 1947 et avant le 1er juillet 1975 qui contiennent moins de 200 grammes d'ivoire, aux éléments servant aux instruments de musique, aux objets présentés au public dans les musées. "Ces dérogations peuvent également concerner la restauration d'objets fabriqués avant le 18 janvier 1990 réalisée avec de l'ivoire provenant de défenses brutes ou de pièces d'ivoire brut importées au sein de l'Union européenne avant cette même date et acquis légalement", est-il indiqué. Ces dérogations ne sont pas forcément harmonisées avec celles des pays voisins et "ce manque d'homogénéité est un gros problème", reconnaît Stéphane Ringuet. 

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