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Les primes de médailles taxées, le nouveau malaise du sport français

Qu'il paraît loin le temps où les 26 médaillés français des derniers Jeux olympiques d'hiver ont été reçus en grande pompe à l'Élysée ! Deux semaines après cette réception, qui s'est tenue à leur retour de Pyeongchang (Corée du Sud) en avril dernier, le Trésor public leur a annoncé qu'ils seraient imposés sur leurs primes de médaille, qui atteignent 50 00 euros en cas de médaille d'or, 20 000 euros pour l'argent et 13 000 euros pour le bronze.

« Une discrimination incompréhensible »

Pour faire part de leur désarroi, les athlètes ont envoyé en juillet dernier un courrier à l'ex-ministre des Sports, Laura Flessel. Porte-parole de ces sportifs, Martin Fourcade évoque « un sentiment d'injustice ». Président de la Fédération française de ski, Michel Vion abonde en son sens : « Ce n'est pas le fait d'être imposé qui est choquant, explique-t-il au Point. Le problème, c'est la différence de traitement entre les médaillés des JO d'été de Rio, qui ont été exonérés d'impôt, et ceux des JO d'hiver qui ne le sont pas. C'est une discrimination incompréhensible. »

Pourtant, comme nous l'a confirmé l'entourage de plusieurs athlètes, les représentants du ministère leur ont assuré à plusieurs reprises qu'ils bénéficieraient de cette exonération, notamment lors de la quinzaine olympique en Corée du Sud. L'enjeu n'est pas seulement symbolique tant certains athlètes peinent à vivre de leur sport. Dans le courrier au ministère, les sportifs rappellent que « près de 30 % » d'entre eux « ne sont ni salariés d'une institution ni sous convention d'insertion professionnelle ».

« Ils méritent la reconnaissance de la nation »

« Dans les disciplines plus confidentielles que le ski alpin ou le biathlon, ça représente un manque à gagner conséquent », poursuit Michel Vion. Un avis partagé par Perrine Laffont, championne olympique de ski de bosses à Pyeongchang, contactée par Le Point : « Ce n'est pas de l'argent qu'on se met dans les poches ! Ça me sert à payer de nombreux frais pour ma prochaine saison : rémunérer ma préparatrice mentale, prendre en charge certains de mes billets d'avion pour me rendre en compétition, acheter du matériel... Le haut niveau induit beaucoup de frais et cet argent était surtout destiné à les couvrir. »

Face à la colère des sportifs, les dirigeants de la fédération mais aussi certains élus ont décidé d'agir. Le sénateur Les Républicains de l'Isère Michel Savin a ainsi adressé une question écrite à Laura Flessel en juillet dernier sur le sujet. Régis Juanico, député de La Nouvelle Gauche, a quant à lui déposé un amendement sur le sujet ce vendredi après-midi. En 2016, il avait eu la même démarche afin de défiscaliser les primes des médaillés de Rio. « Ces sportifs sont de vrais atouts pour la France et ils méritent la reconnaissance de la nation, explique-t-il au Point. C'est un oubli fâcheux de la part du ministère, une forme de mépris vis-à-vis de leurs performances. »

« Ça commence à faire beaucoup pour un petit ministère »

Au ministère des Sports, on préfère temporiser. « Roxana Maracineanu a pris connaissance du courrier des sportifs et elle explore plusieurs solutions pour y remédier, nous fait savoir une source au ministère. Nous comprenons le caractère incongru du problème, même si nous n'avions pas été mis au courant lors de la passation de pouvoir. » « Malgré nos multiples relances, nous n'avons toujours pas reçu de réponse du ministère, rappelle Perrine Laffont. C'est vraiment pénible de nous laisser autant dans l'attente. »

La grogne des athlètes médaillés a lieu dans un contexte de malaise et d'incompréhension entre le milieu sportif et le gouvernement. Il y a quinze jours, l'annonce de la baisse du budget alloué au ministère des Sports et de la suppression de 1 600 postes avaient été sévèrement critiquées par les sportifs de haut niveau et leurs fédérations respectives. « Ça commence à faire beaucoup pour un petit ministère », souligne Régis Juanico. « L'affaire des primes est déconnectée de la polémique à propos du budget, rappelle néanmoins Michel Vion, le président de la fédération de ski. Mais nous faisons actuellement face à une accumulation d'éléments qui sont préjudiciables à la bonne santé du sport français et c'est très regrettable. »

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