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Quand Casino titille Google avec son ticket de caisse

Vous lancez RelevanC avec le groupe Casino, de quoi s'agit-il ?

C'est une plateforme de solutions marketing construite sur ce que nous voulons être la base de données la plus massive et qualitative sur les consommations des Français et leurs comportements d'achat. Elle intègre 50 millions de profils, et plus d'un millier de segments comme l'âge, le sexe, bien entendu, mais aussi par exemple les styles de vie et les comportements d'achat comme la possession d'une cave à vin ou encore l'attirance pour les grandes marques. Cette joint-venture entre RedPill et Casino exploite pour commencer les données du groupe de Jean-Charles Naouri, de Monoprix à Go Sport en passant par les hypermarchés Géant et le site Cdiscount.

Comment comptez-vous utiliser toutes ces données ?

Grâce à des algorithmes très puissants, nous pouvons identifier des cibles très précises comme les femmes qui aiment la nouveauté  et boivent des eaux aromatisées. Cette connaissance des consommateurs est révolutionnaire : elle sera mise à disposition des annonceurs, des agences et des instituts d'études via une plateforme simple et transparente. Ils pourront ainsi mieux comprendre, mieux cibler, mieux convaincre et mieux mesurer l'impact de leur campagne en temps réel.

De quelle manière cela fonctionne-t-il exactement ?

Une fois la cible identifiée, nous vendons les profils selon le coût pour mille, c'est-à-dire le nombre de personnes effectivement touchées. Plus le champ est étroit, et donc la performance élevée, plus le prix est élevé. Cela va de 50 centimes à 5 euros le coût pour mille.

Mais Google, Amazon et Facebook font déjà ça très bien avec les internautes…

Oui, précisément, leur analyse ne concerne que les comportements des gens sur internet, via les mots recherchés ou les achats réalisés. Nous nous situons avec les données du Groupe Casino dans la vraie vie, celle des magasins physiques mais aussi dans le e-commerce avec Cdiscount. Grâce à cette donnée structurellement différente, RelevanC peut donc ambitionner d'être beaucoup plus pertinent. D'ailleurs, selon les premiers tests, nous le sommes deux fois plus qu'une campagne sans aucune data et nous atteignons 50 % d'engagement supplémentaire qu'une campagne avec les données de ciblage de Google, par exemple. 

Est-ce légal de traquer le consommateur dans ces moindres faits et gestes ?

Nous avons pris un soin particulier à être non seulement conforme à la loi en vigueur, mais aussi à anticiper les réglementations à venir. Par ailleurs, le respect des clients et de leur vie privée est un pilier fondamental de RelevanC. Tous les profils restent anonymes : ce sont les cookies sur Internet qui permettent de suivre un internaute à travers son navigateur. En magasin, nous pourrons géolocaliser les clients qui ont téléchargé une appli de telle ou telle enseigne et lui faire des offres très ciblées quand ils viennent faire ses courses, uniquement s'ils ont donné son consentement explicite. En revanche, nous ne croiserons pas ces données avec du e-mailing non seulement pour rester dans la légalité, mais aussi pour ne pas empirer encore ce qui parfois peut être considéré comme du harcèlement commercial par les gens. 

En quoi votre offre pourrait faire le poids face au rouleau compresseur de Google et Facebook ?

Leur force, c'est la puissance d'analyse des comportements digitaux et la qualité d'exécution de l'offre. Nous aurons une data différente, plus riche et précise.   Et nos équipes, qui comptent déjà une trentaine de personnes, ont été recrutées aussi chez les géants d'Internet. Mais contrairement à eux, nous ne sommes ni un media, ni une régie, ni une agence de publicité. Nous ne faisons que mettre à disposition des annonceurs des solutions construites avec de la data hyper qualitative. Et bien que Casino détienne 80% du capital de RelevanC, notre organisation a été pensée dès le départ pour être une start-up très agile.

Quels sont vos objectifs à terme ?

L’idée est de pouvoir attirer d’autres enseignes dans le domaine de la mode ou du tourisme, par exemple, mais aussi d’autres grands distributeurs pour agréger leurs données et être toujours plus massif et pertinent. Nous voulons devenir un élément à part entière de l’écosystème marketing, séparant la data du media. L’énorme domination des GAFA dans la publicité digitale procède de la démarche inverse : l’intégration de la data et du media. Quand on sait que Google et Facebook réalise plus de 100 milliards de dollars de chiffre d’affaires publicitaire, on peut être ambitieux.

Propos recueillis par Kira Mitrofanoff

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