Education

Éducation : les merveilleuses vertus de l'ennui

Le Point : Pourquoi est-il important que les enfants apprennent à s'ennuyer alors qu'ils semblent détester ça ?

Philippe Meirieu : L'ennui fait directement référence au rapport au temps de l'enfant, un point fondamental de son développement. Est-ce qu'il doit exiger tout, tout de suite, ou bien est-il capable d'attendre, voire de jouir de cette attente ? Le développement de la pensée passe par la capacité à surseoir l'impulsion immédiate, à s'interroger sur la légitimité de ses désirs et à renoncer au « tout-tout de suite ». Mais ne nous méprenons pas : la construction d'un sujet, ce n'est pas d'abord l'ennui, c'est l'expérience, l'interaction avec les adultes et avec ses pairs, la découverte du monde et de la culture.

Comment aider un enfant à accepter l'ennui ?

Tout d'abord, il est important de lui présenter des perspectives, car, sans horizon, l'ennui sera vécu comme un vide sans promesse. Apprendre à l'accepter se travaille dans tous les gestes du quotidien, comme l'attente d'un cadeau d'anniversaire ou d'avoir le droit de jouer à l'ordinateur. Le fait de cultiver la terre est un excellent exercice : ce n'est pas en criant sur les tomates qu'elles pousseront plus vite ! La visite d'un lieu, l'observation d'un paysage ou encore le bricolage ou la cuisine sont d'autres activités qui vont dans ce sens.

Il est souvent avancé que l'ennui rendrait les enfants plus autonomes et créatifs. Qu'en pensez-vous ?

Ce n'est pas systématique. Tout dépend des stimulations que l'enfant a reçues par ailleurs. Ce sont les rencontres antérieures, les images et les ressources que l'enfant a accumulées qui vont lui permettre de transformer son ennui en pensée, créativité, autonomie. Un enfant abandonné à lui-même, sans langage élaboré ni culture à mobiliser, ou, pis, qui n'a accumulé que des blessures ou des images de violence, va plutôt transformer son ennui en dépression ou en agression.

Que répondre à un enfant qui nous dit, plaintivement, « je m'ennuie… » ?

C'est un chantage classique. Il sait qu'on va en être affecté. C'est une manière de nous faire culpabiliser, mais il faut résister.

Faut-il limiter la pléthore de jouets et d'écrans, ainsi que les activités extrascolaires et diverses sollicitations ?

Le plus important est que les parents donnent l'exemple. En effet, ce que dit l'adulte compte moins que ce qu'il fait : l'enfant le regarde et le prend comme modèle. Les parents doivent donc interroger leur propre comportement, chasser cette peur du vide et limiter l'usage des « prothèses technologiques » (téléphones mobiles, applications, etc.) qui les affranchissent de toute attente. Je pense que les grands-parents ont un grand rôle à jouer dans l'apprentissage de l'ennui : contrairement aux parents, ils ont du temps.

Consultez notre dossier : Le guide de l’enfant heureux et bien portant

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